Home/Portfolio > Le harcèlement

Le harcèlement. Vous savez tous ce que cela signifie. Vous savez tous quels types de comportements ce terme désigne. Vous savez tant de choses sur le harcèlement… Ah bon ? En êtes-vous si sûrs ?

Certes, vous pourriez certainement nous énumérer quantité d’exemples concrets. Au vu de notre approche, le harcèlement, c’est cette fille en boîte qu’un lourdaud n’a de cesse d’accoster avec une insistance salasse. Ou encore, c’est l’histoire de cette jeune dame insultée (et paradoxalement reluquée en même temps) dans les rues de notre plat pays, uniquement en raison de son accoutrement et de son genre. Un phénomène qui s’est vu être matérialisé pour Monsieur et Madame Tout Le Monde par la fameuse caméra cachée d’une habitante de la commune de Forest. Ou encore, le harcèlement, c’est la synthèse de tous ces récits que nous avons tous déjà entendus sur les dérives des réseaux sociaux, leur omniprésence dans nos vies privées entrainant une force destructrice accrue. Pourtant, si nous vous demandions, là, maintenant, de nous définir le mot « harcèlement », il y a de fortes chances pour que vous soyez bien désemparés face à notre requête. Pour être honnêtes, nous nous trouvons dans le même embarras. Non pas parce qu’il est difficile de discerner ce que « harcèlement » signifie, mais plutôt parce qu’il est complexe d’en donner une définition qui soit à la fois complète et suffisamment générale. Le problème n’est pas tant de savoir à quelles spécificités répond le harcèlement par opposition à d’autres abus comportementaux, mais plutôt d’identifier toutes les formes que peut prendre le harcèlement.
La définition que le dictionnaire « Larousse » nous donne a au moins le mérite de borner un minimum l’étendue de notre réflexion. Le harcèlement désigne tous comportements qui consistent à « soumettre quelqu’un ou un groupe à d’incessantes petites attaques, des demandes, des critiques, des réclamations, des pressions ou des sollicitations continuelles ». La seule généralisation possible c’est que dans tous les cas, le harcèlement, qu’importe la forme envisagée, sous-entend une répétition. Il s’inscrit dans la durée. C’est ce que les exemples « clichés » repris plus haut ont en commun. Toutefois, le fait qu’ils soient « clichés » ne doit pas nous ôter de l’esprit qu’ils sont bel et bien réels, que ce genre de pratiques a bien lieu dans nos discothèques, dans nos rues, dans nos entreprises, dans nos écoles, sur nos réseaux sociaux, etc. Avons-nous seulement conscience de leur récurrence ?

Un regard statistique

Ce sujet étant difficilement identifiable, difficilement définissable, il est inévitablement ardu de se baser sur des données statistiques fiables quand on souhaite répondre à la question que nous nous sommes posée. Nous vous le disions d’ailleurs un peu plus haut, le harcèlement s’offre à observer sous différentes formes, avec des publics spécifiques à chaque fois. Dans le cadre de ce travail, nous avons donc dû opérer un choix de matières. Voici donc un aperçu chiffré, restreint certes, mais qui pose néanmoins question.
En avril 2003, une recherche réalisée par le Département des sciences politiques et sociales de l’Université catholique de Louvain avec la collaboration du Centrum LUCAS de la Katholieke Universiteit Leuven à la demande de la Direction générale Humanisation du travail du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale s’étaient affairés à fournir au Gouvernement d’alors une esquisse globale de l’état du harcèlement sur le lieu de travail en Belgique. Cette recherche établit par ailleurs une typologie des faits du harcèlement au travail. Sans rentrer trop dans les détails y sont définis des « faits de violence orientés vers le travail » (harcèlement moral) ou des « faits de violence orientés vers la personne » (harcèlement physique). Les données statistiques s’y afférant sont tout simplement ahurissantes. Au sujet de la première typologie, les chercheurs déclarent que les ¾ des personnes interrogées estimaient avoir fait l’objet de critiques abusives quant à l’aspect qualitatif de leur travail. 61% estimaient avoir été délibérément surchargées de travail. Ensuite, en ce qui concerne les faits de violence orientés vers la personne, 91% des sujets disent avoir été victimes de violences verbales sur leur lieu de travail, 40% de violences comportementales, 7% de violences physiques2.

Les faits de violence orientés vers la personne sur le lieu de travail :

Joints aux repères statistiques fournis par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (organe français), ces résultats ont de quoi glacer le sang. Basés sur un corpus d’études académiques françaises, ces derniers font état de 16% de femmes déclarant avoir été victimes de viol ou tentative de viol sur leur lieu de travail. 1 femme sur 10 âgée de moins de 20 ans aurait été victime d’attouchements au cours de sa (courte) vie. En France, entre 2010 et 2012, on estime que 83.000 femmes ont été victimes de viol ou tentative de viol, soit 0,5% de la population féminine de France. 83% d’entre elles connaissaient leur(s) agresseur(s). Enfin, « 80% des femmes salariées considèrent que, dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou comportements sexistes (contre 56% des hommes) ».

Impact sur la santé

64% des personnes interrogées par l’étude dont nous vous parlions font état de troubles psychosomatiques suite au harcèlement dont elles furent victimes (hommes et femmes confondus). 87% expliquent souffrir de symptômes psychologiques post-traumatiques. 60% d’entre eux ont, à des degrés divers, sombré dans « des troubles psychologiques comme une dépression, un abus de substances (alcool, médicaments, tabac …), des tentatives de suicide ou encore des suicides ». Mais la résonnance du harcèlement ne s’arrête pas uniquement à la santé psychologique et physique des victimes. Ses conséquences s’étendent au relationnel (57% d’isolement social), à l’aspect financier qui se cache derrière la consultation de médecins et de psychologues, ainsi qu’à la poursuite d’une carrière professionnelle stable et saine pour le travailleur (encore une fois, qu’il soit homme ou femme). 54% estiment en effet avoir rencontré des difficultés lorsqu’il fut question de changer de boulot ou de recommencer à travailler.
Une première conclusion que nous pouvons dès lors tirer, c’est qu’au-delà de la douleur privée dans le chef de la victime, le harcèlement, quelle que soit sa forme, représente un réel coût pour notre société. Que faire alors ? Comment pallier à ce problème croissant ? Une réponse juridique est-elle envisageable ?

Réponse juridique

Une réponse juridique peut en effet être envisagée car, fort heureusement, nous vivons dans une société dans laquelle nous avons institué des règles de savoir vivre ensemble et plus fondamentalement pour garantir notre sécurité interne et externe.
Tout d’abord, regardons ce que dit la loi à propos du harcèlement, ce comportement qui porte atteinte à la victime. Existe-t-il seulement un texte de loi qui permette de sanctionner ce comportement par une autorité publique ? Oui, il s’agit de l’article 12, alinéa 2  de la Constitution belge, celui-ci énonce le principe de la « légalité de l’incrimination » : « Nul ne peut être poursuivi que dans les cas prévus par la loi, et dans la forme qu’elle prescrit. »
Nous avons donc besoin de nous référer au Code pénal qui évoque ce concept de “ harcèlement “ à son article 442bis : « Quiconque aura harcelé une personne alors qu’il savait ou aurait dû savoir qu’il affecterait gravement par ce comportement la tranquillité de la personne visée, sera puni d’une peine d’emprisonnement de quinze jours à deux ans et d’une amende de cinquante [euros] à trois cents [euros], ou de l’une de ces peines seulement. Si les faits visés à l’alinéa 1er sont commis au préjudice d’une personne dont la situation de vulnérabilité en raison de l’âge, d’un état de grossesse, d’une maladie, d’une infirmité ou d’une déficience physique ou mentale était apparente ou connue de l’auteur des faits, la peine minimale prévue à l’alinéa 1er sera doublée. »
Ce libellé  nous amène à constater qu’il y a bel et bien une présence d’un texte de loi qui sanctionne ce délit  en vertu de l’article 12 de notre Constitution.
Cependant, nous sommes légitimement en droit en de nous poser la question de l’efficacité de cette répression par une telle sanction. Il serait efficace de sanctionner ce fait si la peine avait pour effet d’éviter dans le futur la récidive et de mettre hors d’état de nuire l’individu qui aurait posé cet acte. Dans ce cas là, alors nous pourrions répondre par l’affirmative au sujet de son efficacité.
Or, ceci n’est que théorique, une idée par rapport à une réalité qui n’est parfois pas toujours conforme à celle-ci. En effet, l’article 442bis du Code pénal sanctionne par une peine de privation de liberté qui va mettre durant une période, pouvant s’étaler sur une durée allant  de 15 jours à 2 ans, hors d’état de nuire l’individu harceleur. Toutefois, comment la prison va-t-elle empêcher la récidive de cette personne reconnue coupable? La récidive, assimilée comme étant le fait de recommencer son délit, existe vraiment. Ainsi, nous pouvons remettre en cause la procédure de sanction de ce type de comportement. La prison est considérée comme un échec de sanction du fait des séquelles qu’elle pourrait avoir sur certains individus. C’est notamment pour cette raison que l’article 442bis visé, énonce une peine alternative qui est une amende comprise entre 50 à 300 euros pour une victime ne présentant pas de trouble quelconque. Cette sanction n’est donc que le critère législatif pour punir un délit qui bouleverse particulièrement une certaine catégorie de personnes.
Au delà de ces considérations au sujet de l’utilité de la peine affligée, une réflexion qui a d’ailleurs sa raison d’être pour n’importe quelle infraction, il est primordial de s’interroger sur le constat de l’infraction. Il est, en effet, particulièrement difficile de prouver un harcèlement lorsque cet acte ne laisse aucune trace écrite. Par ailleurs, même lorsque le harcèlement est formellement constaté, il faut encore que son auteur en subisse les conséquences. à cause de l’arriéré judiciaire, la poursuite de ces délinquants ne figure malheureusement pas dans les priorités des parquets.

Dès lors, forte de ces constats, la Fédération des Étudiants Libéraux propose différentes pistes de solutions afin de lutter contre le harcèlement et, par conséquent, d’œuvrer en faveur d’une plus grande égalité entre les femmes et les hommes :

Conscient des constats que nous avons posés, nous proposons de modifier la Loi du 24 juin 2013 relative aux sanctions administratives communales afin d’inclure le harcèlement de rue dans son champ d’application. Étendre les sanctions administratives communales au harcèlement permettrait d’éviter le problème de l’arriéré judiciaire, étant donné qu’une telle sanction ne doit pas être jugée. De plus, parallèlement à la décision judiciaire, la sanction administrative communale peut également être remplacée par une prestation citoyenne, qui peut être comparée au travail d’intérêt général, pour les citoyens n’ayant pas les moyens de payer une telle amende, par exemple, ou dans toute autre situation jugée opportune par le fonctionnaire sanctionnateur. Ainsi, la sanction administrative communale ne peut être taxée de désuète comparativement à l’échantillon d’alternatives dont dispose le juge.
Dans le cas où notre proposition ne rencontrerait pas l’avis favorable du législateur fédéral, nous sommes d’avis que la poursuite de ces comportements désobligeants dans des lieux publics doit être revue dans la liste des priorités fixées par le Ministre de l’Intérieur, mais aussi par le Ministre de la Justice afin que les contrevenants soient bel et bien poursuivis. Nous trouvons inadmissible qu’un harceleur pris en flagrant délit ne reçoive pas une contravention, il s’agit malheureusement de la meilleure publicité qu’il soit à l’encontre de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Pour finir, nous pensons que l’aspect le plus essentiel est la prévention. En effet, à défaut de pouvoir espérer éradiquer ces comportements, ceux-ci doivent à tout le moins être réduits au maximum. Pour ce faire, nous sommes d’avis que tous les processus mettant sur un pied d’égalité les différents sexes doivent être renforcés (la fille qui est présentée de manière équivalente au garçon dans les livres scolaires, dans les publicités faire cesser les clichés sexistes pour vendre n’importe quel objet, du jouet à la voiture de sport, etc.). Le respect de l’autre et de la différence doivent rester une valeur centrale de l’école, du monde du travail, dans nos médias et tout simplement de notre société. C’est précisément dans ce sens que, nous, organisation de jeunesse, devons œuvrer. Et c’est ce que nous essayons de faire au travers de cette campagne.

Freelo Theme / Proudly powered by WordPress / Created by IshYoBoy.com